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Cet article commence par un sms de mon ami Icham.

Cette tuerie, c’est le nouveau projet de Clément Criseo et Malou Verlomme sur les enseignes peintes à la main d’Afrique de l’Ouest. Un livre qui retrace leur voyage à Conakry, Lomé et Ouaga­dou­gou dont ils ont tiré une série de photos puis un ouvrage sur ce métier quasi­ment disparu chez nous, le peintre d’enseignes.

Grâce à leur périple, on (re)découvre une pratique encore extrê­me­ment vivace, résidu d’un passé colonial depuis longtemps digéré et réinter­prété, qui a su, à son époque, trouver une résonance évidente dans la culture populaire locale. Aujourd’hui, peut-être, seuls les alpha­bets encore usités laissent trans­pa­raitre ce passé révolu.

Ne vous fiez pas à l’aspect un peu naïf de certaines réali­sa­tions, les peintres, ici, exercent un art extrê­me­ment technique et virtuose, teinté d’humour. Un savant mélange alliant le verna­cu­laire à un métis­sage plus contem­po­rain. C’est beau, c’est chaleu­reux, c’est puissant.

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Sur près de 200 pages, les décou­vertes se suivent entre jeux graphiques et jeux de mots (Sacko Evanzety, Poulet télévisé… ), agrémen­tés de quelques portraits d’artistes. Ces portraits permettent d’ailleurs de prendre la mesure du quoti­dien et de la réalité de cette profes­sion sur place.

Désireux d’en savoir plus, j’ai trouvé intéres­sant de contac­ter Clément Criseo et Malou Verlomme afin de leur poser quelques questions. Vous trouve­rez le report de cet inter­view ci-dessous.

Merci aux auteurs et à Sophie Gallet pour leur réacti­vité et pour nous avoir permis de publier de si nombreux clichés

Ici, c’est bon !— Enseignes du petit commerce en Afrique de l’Ouest
Clément Criseo, Malou Verlomme
208 pages en quadri, broché
19 x 28,5 cm
25 €
ISBN : 978–207258-945–4

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Interview de Clément Criseo et Malou Verlomme

Comment vous êtes vous rencon­trés ?

On s’est rencon­tré au lycée, on était pote de classe. On s’est d’abord intéressé au graffiti et à la suite du lycée, pendant 3 ans, on a produit un petit fanzine, « l’échelle » qui a marqué le début de notre colla­bo­ra­tion.

Comment est née l’idée de ce nouveau projet (ndrl voir Tagg) ?

Depuis longtemps, nous photo­gra­phions les vieilles enseignes et peintures murales de publi­cité, d’abord en France puis à l’étranger. Nous aimons l’esthétique qui se dégage de ces vieilles peintures presque dispa­rues comme “Dubon­net” ou “Ripolin”… On appré­cie égale­ment le côté “fait main” impar­fait qui dénote des impres­sions numériques asepti­sées que l’on voit aujourd’hui partout dans nos rues. Pour ce projet en parti­cu­lier, l’idée nous est venue quand nous nous sommes rendus pour une toute autre raison à Conakry, en Guinée. Là, c’est le contraire de chez nous, la grande majorité des enseignes sont faîtes main. On a commencé à sillon­ner les rues pour les photo­gra­phier, simple­ment pour le plaisir. Mais très vite, on s’est rendu compte que c’était un sujet de livre à part entière. Certaines enseignes sont incroya­ble­ment maitri­sées, d’autres sont des brico­lages telle­ment farfe­lus que ca en devient comique. C’est aussi des villes extrê­me­ment photo­gé­niques avec des couleurs éclatantes!

De quelle manière avez-vous connu cette pratique africaine de sign painting ?

On connais­sait cette pratique par inter­net ou des livres comme « Ici Bon Coiffeur » et « Chez bonne Idée ». Mais on a réelle­ment mesuré l’ampleur du phéno­mène quand nous nous sommes retrou­vés à Conakry.

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Aviez-vous quelques contacts sur place avant de partir et comment vous êtes vous documen­tés avant de partir ? Des ouvrages de références ?

Nous avions des contacts mais plus pour se loger. Nous n’avions pas de numéro de peintres en lettres. Avant de partir, il est arrivé qu’untel nous dise en connaitre, mais ça n’a jamais abouti à une rencontre.

Dans votre livre, on a l’impression que la plupart de vos rencontres sont le fruit du hasard ?

Quelques rencontres se sont faites fortui­te­ment. En tournant avec la moto, nous croisions un atelier de sérigra­phie ou de calli­graphe. Alors nous nous arrêtions bien sur pour faire plus ample connais­sance. Mais nous avons pu remon­ter la piste de certains calli­graphes grâce à leurs signa­tures accom­pa­gnées d’un numéro de téléphone, direc­te­ment sur les enseignes.

Avez-vous remar­qué des spécia­li­tés natio­nales ?

On peut retrou­ver des styles calli­gra­phiques propres a certaines villes ou certains quartiers. Cela vient surement d’un calli­graphe parti­cu­lier qui impose sa touche et la trans­met a ses appren­tis. Certains portraits d’enseignes de coiffeurs aussi se retrouvent réguliè­re­ment dans certains quartiers.

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Comment est perçue cette pratique sur place ? Est-elle onéreuse ?

Les peintres en lettres sont des artistes et consi­dé­rés comme tel par la popula­tion, sur la photo de présen­ta­tion d’Idrissa Tapsoba on voit d’ailleurs sur son passe­port, « profes­sion : calli­graphe » Il nous l’a présenté comme un vrai trophée. On sent une réelle fierté de prati­quer ce métier qui apporte un certain statut social. Ce n’est pas une pratique extrê­me­ment coûteuse, c’est peut être pour cette raison qu’elle est si répan­due.

Existe-t-il une scène de calli­graphes ? Les profes­sion­nels échangent-ils entre eux ? Au niveau natio­nal ? Au niveau du conti­nent ? La peinture d’enseigne est-elle spéci­fique à l’Afrique franco­phone ? subsa­ha­rienne ?

Certains calli­graphes sont réelle­ment recon­nus dans le milieu. Des gens viennent de loin pour être leurs appren­tis. Un d’eux nous a raconté avoir appris le métier au Ghana pour ensuite s’installer au Burkina Faso. La peinture d’enseigne n’est pas propre au pays franco­phone, elle existe dans toute l’Afrique. Nous nous sommes simple­ment limité a des pays franco­phones pour publier le livre en France !

Une anecdote ou un moment fort qui vous a parti­cu­liè­re­ment marqués durant votre voyage ?

La rencontre avec Aristide, un calli­graphe de Lomé, dans son atelier qui a pignon sur rue. Un homme d’infinie gentillesse!

Envisa­gez-vous des suites à ce projet ? Exposi­tion ? Nouveau voyage ?

Pour l’instant, pas d’expo prévu mais nous souhai­te­rions pouvoir montrer ce livre dans les trois pays que nous avons visité! Ça serait une belle façon de boucler le projet et nous sommes aussi très curieux de savoir comment le livre serait reçu la bas.

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