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Alors que nous célébrons aujourd’hui le 74e anniver­saire de la mort d’Arthur Eric Rowton Gill, force est de consta­ter que l’héritage de celui-ci est toujours vivace, parti­cu­liè­re­ment ces derniers temps puisqu’il semble­rait que 2014 soit une année placée sous le patron­nat du britan­nique. En effet, alors que certains redécouvrent son génie ça et , que d’autres conti­nuent de militer pour la libéra­tion de son patri­moine dans le domaine public, que ses gravures lapidaires sont exhumées de Paris à Amiens et que le travail de son frère est enfin mis en lumière, quelques irréduc­tibles s’évertuent à perpé­tuer les canons formels qu’il a établi. Retour sur trois produc­tions récentes.
AlaricChaumont


Alaric Garnier, le plus améri­cain de nos dessi­na­teurs de carac­tères français n’a jamais caché son admira­tion pour le sieur Gill, notam­ment dans ses prises de positions concer­nant l’arti­sa­nat par rapport à l’indus­trie de la lettre (lire à ce propos son mémoire de fin d’études Col Blanc / Col Bleu). La signa­lé­tique du festi­val de Chaumont était cette année compo­sée en Kessler Display, une réinter­pré­ta­tion par Alaric de dessins d’Eric Gill pour la maison d’édi­tion Insel Verlag de Leipzig (1905). En plus de somptueux panneaux sérigra­phiés, Alaric a lui même peint ses belles lettres sur diffé­rents supports, en parti­cu­lier les murs des emblé­ma­tiques Subsis­tances.
Plus d’infos sur le proces­sus de réali­sa­tion sur son tumblr landscape for rent.
Financier-Italics
Si Alaric est familier des formes “Gilliesques” (d’ailleurs pour ceux du fond qui ne sauraient pas, on prononce Gill comme dans guimauve et pas comme dans gilet), ce n’est pas forcé­ment le cas de Kris Sowersby, le créateur de carac­tères néo-zélan­dais et boss de la toujours très quali­ta­tive fonde­rie Klim Type. Mais pour l’un de ses derniers travaux de commande, la refonte de la maquette du journal Finan­cial Times, alors qu’il essayait pénible­ment de dessi­ner un carac­tère de labeur au goût anglais tout en évitant les éternelles termi­nai­sons en gouttes, le travail de Gill s’est naturel­le­ment imposé à lui. Une fois la brèche entrou­verte, l’esprit de l’ancêtre britan­nique s’est emparé du Finan­cier, puisque c’est son nom, de la forme des chiffres jusqu’à la struc­ture de l’ita­lique.
Retrou­vez le récit complet de la création du Finan­cier sur le blog de Klim Type (en anglais).
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L’ita­lique juste­ment, est l’un des quelques points épineux qu’évoque le maître dans son Essai sur la typogra­phie (1931 puis 1936), publié en français par Ypsilon éditeur. C’est cet ouvrage, son propos et les quelques illus­tra­tions de la main de Gill qu’il contient qui ont inspiré quatre designers de chez Fontyou (respec­ti­ve­ment Alisa Nowak, Julien Priez, Hugo Dumont & Jérémie Hornus) pour la réali­sa­tion du Rowton Sans FY, un carac­tère de texte sans empat­te­ments à l’accent british d’ores et déjà dispo­nible en quatre graisses, alors que des variantes pochoir devraient suivre.

Force est de consta­ter que trois quarts de siècle après sa dispa­ri­tion, les designers contem­po­rains sont encore incapables de se dispen­ser du legs de celui que l’on présente désor­mais bien trop souvent par son mode de vie plus que criti­quable plutôt que pour son apport au monde de la typogra­phie.
Chapeau l’artiste !

Ndr : Dans le même ordre d’idées, je voulais égale­ment signa­ler le carac­tère Dear Sir / Dear Madam (2012) de Radim Pesko, pointé par Alaric comme étant intégra­le­ment basé sur un alpha­bet de Gill sans qu’au­cune mention n’en soit faite.

L’image sur la page d’accueil est une photo­gra­phie d’Eric Gill par Howard Coster (1927). Celle en tête de l’article est sa tombe, qu’il a lui-même gravé. Les illus­tra­tions de l’article sont la propriété respec­tives d’Ala­ric Garnier, Kris Sowersby & Fontyou. Merci à eux.

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