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Nous vous relayons ici la nouvelle: actuel­le­ment à Ivry dans des locaux loués, l’atelier du livre de l’Imprimerie natio­nale va être trans­féré à Douai, pour rejoindre le site indus­triel que possède déjà le groupe.

Voici la lettre écrite par les salariés, repro­duite telle quelle. Nous avons cepen­dant ajouté des liens.

Sauvons l’Atelier du Livre de l’Imprimerie natio­nale !

L’Imprimerie natio­nale, après son change­ment de statut en 1994, qui en a fait une société anonyme à capitaux d’État a dû restreindre ses activi­tés et quitter son site de la rue de la Conven­tion en 2005. Le cœur histo­rique de l’établissement, l’Atelier du Livre d’art et de l’Estampe, s’est retrouvé dans une zone indus­trielle à Ivry-sur-Seine, privé d’une bonne partie de son matériel stocké dans le Nord. Ce patri­moine de l’imprimerie et des lettres, avec son Cabinet des poinçons riche de 500 000 pièces, classées parmi les monuments histo­riques, repré­sen­tant les écritures du monde entier, avec sa biblio­thèque d’environ 35 000 volumes depuis les impri­meurs du roi pour le grec jusqu’aux livres modernes de biblio­phi­lie, avec son parc de machines tradi­tion­nelles permet­tant d’imprimer des ouvrages de qualité, en typogra­phie plomb en litho­gra­phie ou en photo­ty­pie, a fait l’objet, depuis 2008, d’un projet d’association avec l’Imec (Insti­tut Mémoires de l’édition contem­po­raine) à l’abbaye d’Ardenne, près de Caen (Calva­dos). Ce projet étant officiel­le­ment abandonné depuis mars 2013, il est question mainte­nant d’installer l’Atelier et les douze personnes qui le font vivre avec leur savoir-faire en voie de dispa­ri­tion à Flers-en-Escre­bieux dans la banlieue de Douai (Nord), au milieu d’une vaste zone indus­trielle quasi déser­tique à partir de septembre 2013. Certes, il n’est pas question de nier l’intérêt cultu­rel des villes du Nord qu’on a raison de vouloir dévelop­per. Mais le lieu choisi près de Flers, qui a le mérite d’éviter les frais de loyer, puisqu’il est la propriété de l’établissement, est bien loin de ces villes et de leur anima­tion. Quelles que soient les bonnes inten­tions de la direc­tion actuelle de l’Imprimerie natio­nale pour moder­ni­ser et valori­ser son patri­moine, le succès de tels projets se heurtera toujours au problème de l’accessibilité du site; et l’on peut douter que l’environnement sinistre d’une usine sécuri­sée où se fabriquent les passe­ports paraisse assez attrac­tif pour le public des amoureux du livre.

D’autre part, le person­nel pourra-t-il suivre ? Cette affaire de déloca­li­sa­tion rappelle trop un phéno­mène général de rempla­ce­ment des hommes observé dans l’histoire récente des grandes insti­tu­tions cultu­relles, dont les adminis­tra­teurs sont trop heureux de voir les plus vieux agents prendre une retraite antici­pée, plutôt que de parti­ci­per à la destruc­tion annon­cée de leur outil de travail. Qu’il y ait là une volonté de rajeu­nis­se­ment du person­nel par le recru­te­ment d’agents plus malléables, plus « ouverts » aux idées dites nouvelles, cela paraît logique voire jusqu’à un certain point légitime dans la conjonc­ture de crise écono­mique de l’Europe.

Mais qu’en est-il alors de la trans­mis­sion des savoirs ? Croit-on qu’il est possible de faire l’économie de plusieurs années d’apprentissage auprès des anciens pour maîtri­ser la gravure de poinçons, la compo­si­tion des langues orien­tales, l’impression en typogra­phie en taille-douce en litho­gra­phie en photo­ty­pie ? Le risque est que les richesses de l’atelier soient remises à la garde d’employés zélés ou de conser­va­teurs histo­riens, parfai­te­ment compé­tents dans leur disci­pline, mais incapables d’expliquer ou de faire vivre les techniques tradi­tion­nelles repré­sen­tées dans un futur musée.

Cette décision prise à la hâte de déména­ge­ment dans des condi­tions pareilles nous semble grave et même incon­grue alors que l’État dispose de nombreux bâtiments inoccu­pés. C’est pourquoi prenant le relais du site Garamon­pa­tri­moine qui recueillit pour le même objet plus de 20 000 signa­tures avant 2008, nous deman­dons que l’on recherche plus sérieu­se­ment un lieu d’accueil dans Paris ou la région parisienne pour une meilleure visibi­lité de l’Atelier du Livre confor­mé­ment à l’importance natio­nale de ce patri­moine et que des mesures d’urgence soient prises pour que l’intégralité des savoir-faire puisse être trans­mise à de nouveaux agents.

2 commentaires

  • paput says:

    Il y a environ vingt ans, mon ami PMG et Moi-même, avancions l’hypothèse qui se réalise aujourd’hui à savoir que l’État veut suppri­mer tout ce qui est patri­moine artis­tique et patri­moine vivant de ses respon­sa­bi­li­tés. Malgré de nombreuses démarches et engage­ments à tous les niveaux (associa­tifs ou groupe­ments divers) nous étions alors vilipen­dés par tous et même par ceux qui ont à en souffrir person­nel­le­ment aujourd’hui. Mainte­nant que tout est «bordé», l’espoir est-il encore permis ? Que préco­ni­sez-vous ? Si les personnes concer­nées ne sont pas sur les réseaux sociaux, c’est sans doute qu’ils s’estiment en dehors de ces problèmes ! Chris­tian Paput.

  • CLERIS Philippe says:

    L’abbaye normande d’Ardenne et ses 20km d’archives litté­raires aurait été le lieu idéal au coeur d’une Norman­die du livre et de l’édition où l’intérêt pour le livre demeure et où les forma­tions pro spécia­li­sées conti­nuent d’être dispen­sées. Quel gâchis! Le mépris jacobin en majesté!

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