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Aujourd’hui on intro­nise la première fille dans la saga (et promis ce ne sera pas la dernière) et on parle d’une forma­tion encore trop mécon­nue : le post-diplôme Typogra­phie & Langage de l’ÉSAD à Amiens. Pourtant, en pas loin d’une décen­nie d’existence, il aura déjà permis de former ou de perfec­tion­ner des dessi­na­teurs comme Sandrine Nugue, Alisa Nowak, Damien Collot ou encore Titus Nemeth. Pour être totale­ment trans­pa­rent avec vous, c’est d’ailleurs la forma­tion que j’ai choisi pour apprendre le dessin de carac­tères. Je connais donc bien Roxane et je suis ravi qu’elle vous présente ce cursus…

Q : Salut Roxane, peux-tu te présen­ter en quelques mots ?

R : Je m’appelle Roxane Gataud, j’ai 23 ans et je viens du Limou­sin. Je travaille en tant que designer graphique et dessi­na­trice de carac­tères indépen­dante en France. Et j’aime aussi les dinosaures.

Q : Quel était ton parcours avant d’intégrer le post-diplôme ?

R : J’ai tout d’abord passé un bac STI Arts Appli­qués en 2008 au lycée Raymond Loewy à la Souter­raine, puis intégré le BTS Commu­ni­ca­tion Visuelle option Print à l’École Estienne. J’ai ensuite obtenu un DSAA Design Graphique avec les félici­ta­tions du jury en 2012 à l’ÉSAAB de Nevers, avant de rejoindre le post-diplôme « Typogra­phie & Langage » où j’ai présenté mon carac­tère Bely, en février 2014.

Q : Pourquoi avoir choisi cette forma­tion plutôt qu’une autre ?

R : Je voulais m’orienter vers le dessin de carac­tère dès le début de mes études de graphisme. Étant déjà titulaire d’un DSAA, je ne souhai­tais pas postu­ler au DSAA Typo d’Estienne. Le format que propose l’ÉSAD me conve­nait bien mieux : il s’agit d’une forma­tion très complète où il n’est pas néces­saire d’avoir déjà prati­qué le dessin aupara­vant. C’est aussi un environ­ne­ment de travail beaucoup moins scolaire et avec une visée plus profes­sion­nelle. Je connais­sais égale­ment de réputa­tion l’ÉSAD d’Amiens, et en ayant vu les réali­sa­tions de la promo 2012 à l’époque, je n’ai pas hésité.
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Réhabi­li­ta­tion du carac­tère BANQUETTE de Jacques Devil­lers dans le cadre d’un atelier animé par Titus Nemeth. Spéci­men imprimé en risogra­phie.

Q : Présente nous l’équipe ensei­gnante.

R : La forma­tion est encadrée par Sébas­tien Morli­ghem (coordi­na­teur de section, docteur en histoire de la typogra­phie basé à Barce­lone), Patrick Doan (designer graphique vivant à Amster­dam, ensei­gnant chercheur sur l’apprentissage de l’écriture et les signes, GestualS­cript), Jean-Baptiste Levée (créateur de carac­tères basé à Paris, fonda­teur et direc­teur de la fonde­rie Produc­tion Type, ensei­gnant) et Alice Savoie (dessi­na­trice de carac­tères, docteur en histoire de la typogra­phie et ensei­gnante résidant à Franc­fort).

Q : Pourrais-tu définir la pédago­gie du post-diplôme ?

R : Il s’agit d’une forma­tion très complète. Tradi­tion­nelle et très rigou­reuse au point de vue technique.
Le cursus est sur 18 mois et est divisé en 3 grandes étapes. Les 6 premiers mois sont consa­crés à une explo­ra­tion de la disci­pline sous 4 ateliers et exercices diffé­rents, animés par chacun des ensei­gnants (histoire de la typogra­phie et recherches sur le projet avec Sébas­tien ; numéri­sa­tion et réhabi­li­ta­tion d’un carac­tère animé par Alice ; calli­gra­phie, exercices au calque puis numéri­sa­tion avec Patrick ; exercices pratiques et dévelop­pe­ment de la technique de dessin avec Jean-Baptiste). Durant cette période, nous pouvons obser­ver nos camarades de la promo précé­dente finir leurs projets, prépa­rer leurs soute­nances, mais aussi avoir leurs points de vue sur nos diffé­rents projets, c’est un échange très construc­tif.
En février, nous passons un premier bilan où nous présen­tons notre inten­tion de projet pour la famille que nous souhai­tons construire. Nous assis­tons égale­ment à la soute­nance finale de nos camarades, ce qui est très forma­teur. Ensuite nous enchaî­nons sur la première phase de dessin et d’exploration du projet, que nous présen­tons devant un jury en juin.
Enfin, en septembre, nous entamons la phase intense de produc­tion et de dévelop­pe­ment de la famille. Nous écrivons égale­ment notre mémoire et prépa­rons notre soute­nance. Nous accueillons égale­ment les étudiants de la promo­tion suivante, et nous pouvons ainsi prendre conscience du chemin parcouru et leur donner des conseils à notre tour.
Esquisses Belly

Esquisses du BELY Titrage durant un workshop avec Laura Meseguer.

Q : Un mot sur ta promo ?

R : Une des spécia­li­tés du post-diplôme est que le nombre de places est extrê­me­ment limité, entre 4 et 6 étudiants selon les années. Ce qui est une chance, car nous pouvons ainsi bénéfi­cier d’un suivi optimal. Ma promo­tion était très éclec­tique, 4 personnes issus de forma­tions diffé­rentes : Michel Sabbagh, 34 ans, designer graphique à Montréal, Thierry Fétiveau, 27 ans, diplômé d’une école de graphisme à Nantes et Laurène Girbal, 26 ans, diplô­mée de l’ÉSAD d’Orléans.

Q : Que retenir de cette année et demi ?

R : Telle­ment de choses ! Mais pour répondre à cette question, je vais mettre en avant 3 rencontres qui ont fait évoluer mon projet de manière signi­fi­ca­tive.
Tout d’abord en mai 2013, nous avons rencon­tré Gerry Leoni­das lors du voyage annuel à Reading. Nous avons pu avoir un premier regard extérieur sur notre projet, et cela m’a permis à ce stade de l’année de faire des choix décisifs.
Fin novembre 2013, nous avons eu la chance de recevoir Laura Meseguer à l’Ésad pour un workshop de 3 jours sur la typogra­phie pochoir. J’ai ainsi pu tester une nouvelle méthode de dessin qui m’a servi de prétexte pour poser les bases de ma version display.
Et enfin, en janvier 2014, nous avons eu la visite de Frede­rik Berlaen pour un workshop de 3 jours sur le langage python. Cela m’a permis d’écrire quelques scripts qui m’ont servi pour ma soute­nance, mais aussi d’envisager mon espace de travail ainsi que ma produc­tion sous un nouvel angle grâce au scrip­ting.
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Spéci­men du BELY.

Q : Peux-tu parler de ton projet de diplôme ?

R : Le Bely est une famille de carac­tères optimi­sée pour la compo­si­tion édito­riale impri­mée, compre­nant un romain et un italique de labeur, une exten­sion cyril­lique, un gras et une version de titrage. Le romain est un carac­tère de texte radical qui offre un double jeu formel entre des empat­te­ments rectan­gu­laires et des attaques trian­gu­laires. J’ai fait référence aux italiques modernes de Pierre Simon Fournier pour le dessin de l’italique ; il possède son propre dessin, minimal et élégant, tout en repre­nant les éléments formels rectan­gu­laires et trian­gu­laires du romain. Le gras, grâce à sa graisse soute­nue et sa chasse similaire au romain, est optimisé pour l’usage en texte et offre un contraste impor­tant avec le romain texte. Le titrage est une variante que j’ai travaillée de manière plus libre et expres­sive, en ampli­fiant les carac­té­ris­tiques du romain. Ultra-contrasté, il offre une variété d’usages à la famille typogra­phique.

Q : Quel avenir pour ce carac­tère ?

R : J’ai été sélec­tion­née en mai dernier pour le « Typeface Publi­shing Incen­tive Program » de la fonde­rie Type Together. Je développe donc actuel­le­ment le Bely avec José Scaglione et Veronika Burian, il sera dispo­nible à la vente l’année prochaine.
Je présen­te­rai égale­ment mon projet le 1er décembre prochain au Centre Pompi­dou, dans le cadre de l’exposition « Trans­For­ma­tions ».

Q : Et pour ta pratique du dessin de lettres ?

R : Bien que j’apprécie beaucoup le design graphique (et le design édito­rial en parti­cu­lier), je souhaite consa­crer les prochains mois unique­ment au dessin de carac­tères. Le dévelop­pe­ment du Bely va me permettre d’acquérir encore plus de rigueur dans le dessin mais aussi d’être plus autonome au niveau de la technique. J’espère ensuite pouvoir travailler sur d’autres projets typogra­phiques.
Spécificités

Spéci­fi­ci­tés formelles du BELY.

Q : Un conseil pour quelqu’un qui voudrait intégrer cette forma­tion ?

R : Je conseille­rais d’être conscient de l’investissement qu’une telle forma­tion repré­sente, et d’être ouvert à la critique. Et de ne pas hésiter à postu­ler si la typogra­phie et le dessin de carac­tères vous intéresse.

Q : Le mot de la fin…

R : « Il n’y a pas de limite à notre ambition à part celles que nous nous donnons et celles que les autres nous donnent. En bref, je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. »
C’est à peu près ce que je dirais pour conclure, sauf que Xavier Dolan s’exprime bien mieux que moi !
Pour aller plus loin, quelques liens :
Le site de Roxane : roxanegataud.tumblr.com
Suivre Roxane sur Twitter : @RoxaneGataud
Le site du post-diplôme « Typogra­phie & Langage » : postdiplome.esad-amiens.fr
Suivre le post-diplôme sur Twitter : @esadtype
Le site de l’ÉSAD Amiens : www.esad-amiens.fr
Un article sur Strabic : strabic.fr/Typographie-et-Langage
Un article sur la gazette de Typofon­de­rie : typofonderie.com/gazette/post/visit-of-the-esad-in-amiens/
Le blog de Mike Sabbagh : www.mikesabbagh.com/blog/
Quelques articles sur le blog de Titus Nemeth : www.tntypography.com/blog/

Merci encore à Roxane de s’être prêtée au jeu de l’interview. Si vous voulez en savoir un peu plus sur le Bely, en sus de sa confé­rence le 1er décembre, le projet est présenté dans le dernier numéro d’étapes: (#222) aux côtés de celui d’un certain Arthur Alazard
À dans deux semaines !

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