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Pour les vacances, Pointypo vous propose de décou­vrir ou redécou­vrir des lieux dédiés à la typogra­phie, à l’imprimerie, au livre, à ses techniques et à son histoire. Aujourd’hui, le Musée Champol­lion des écritures de Figeac.

En 1977, la munici­pa­lité de Figeac (situé dans le nord du Lot) décida de sauver de la destruc­tion et de restau­rer la maison natale de Jean-François Champol­lion. Le musée Champol­lion consa­cré à son travail de déchif­freur des hiéro­glyphes et père de l’égyptologie y ouvrit ses portes en 1986 avant d’être agrandi en 1994 puis réamé­nagé en 2007 (scéno­gra­phie et la façade aux 1 000 lettres par Pierre di Sciul­lio) pour couvrir de manière plus large diverses autres écritures en complé­ment des hiéro­glyphes. Il prend ainsi le nom de Musée Champol­lion – Les Écritures du Monde.

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Les collec­tions du musée vous permet­tront de décou­vrir le travail de Champol­lion et ses travaux ayant abouti au déchif­frage des hiéro­glyphes grâce à la pierre de Rosette ramené de la campagne d’Égypte de Napoléon en 1799. Celle-ci est le fragment d’une stèle présen­tant le décret de Memphis qui établit le culte divin du nouveau pharaon Ptolé­mée V. La partie supérieure présente le texte en hiéro­glyphe, suivie d’une traduc­tion en démotique puis d’une deuxième traduc­tion en grec ancien, mais aucun des trois textes n’est complet. Après presque vingt ans de travail, Jean-François Champol­lion s’écrie enfin « Je tiens l’affaire » le 14 septembre 1822. Il vient de comprendre que l’écriture des hiéro­glyphes relève d’un système complexe, « un mélange de signes figura­tifs, symbo­liques et phoné­tiques ».

Suite au parcours sur Jean-François Champol­lion, le musée nous invite à décou­vrir toute la richesse des systèmes d’écriture, fonde­ment de nos civili­sa­tions, à travers un ensemble consé­quent et bien mis en valeur par l’agencement et la scéno­gra­phie. Les collec­tions présen­tées nous emmènent des hiéro­glyphes à la consti­tu­tion de notre alpha­bet latin, nous donne à voir et à comprendre le cunéi­forme, le grec, les idéogrammes chinois, les glyphes mayas puis s’intéressera au livre, et à l’écrit dans sa dimen­sion utili­taire. Une visite salle par salle est dispo­nible sur le site inter­net du musée.

Musée Champol­lion – Les Écritures du Monde
place Champol­lion
46100 Figeac

tél. : 05 65 50 31 08
http://www.musee-champollion.fr

Entrée : 5€
Horaires :
Juillet — Août : 10h30-18h30 (tous les jours)
Septembre — Octobre : 10h30-12h30/14h-18h (sauf le lundi)
Novembre — Mars : 14h-17h30 (sauf le lundi)
Avril — Juin : 10h30-12h30/14h-18h (sauf le lundi)

Photo du haut de la loggia par Luce Avérous.

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La façade médié­vale est secon­dée de la façade aux 1 000 lettres en verre et cuivre imagi­née par Pierre di Sciul­lio.

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Repro­duc­tion de la pierre de Rosette. L’originale ayant fait l’objet de tracta­tion diplo­ma­tique dés sa décou­verte, les anglais victo­rieux prendront posses­sion des plus belles pièces de la campagne d’Égypte de Napoléon. La pierre origi­nale se trouve ainsi au British Museum à Londres.

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« Je me livre entiè­re­ment au copte* (…). Je veux savoir l’égyptien comme mon français, parce que sur cette langue sera basé mon travail sur les papyrus égyptiens…» – 7 mars 1809.
L’écriture trans­crit la langue égyptienne à partir du 4e siècle après J.-C. : Elle utilise l’alphabet grec, tout en conser­vant sept signes démotiques. Elle est encore en usage dans l’église chrétienne d’Égypte et Champol­lion l’étudia auprès de Chifti­chi, vicaire égyptien de l’église Saint-Roch à Paris.

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Étude de l’inscription de la pierre de Rosette par Jean-François Champol­lion.

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Papyrus égyptien en hiéra­tique, écriture cursive d’utilisation courante.

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La Mésopo­ta­mie voit apparaître la première écriture vers 3300 av. J.-C. les premières tablettes inscrites consignent la vie adminis­tra­tive et les échanges de produits : bons de livrai­son, contrats de vente et de location de terres, listes de salaires… Mais c’est égale­ment dans cette écriture cunéi­forme que sont inscrits les plus anciens récits mytho­lo­giques et les premiers codes de lois.

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Le déchif­fre­ment du cunéi­forme fut une œœuvre de longue haleine réali­sée à partir des inscrip­tions royales trilingues (vieux perse, élamite, akkadien) des souve­rains Darius et Xerxès •à Persé­po­lis et et Behis­toun en Iran.
L’Allemand Grote­fend en I802 eut l’intuition que l’écriture la plus simple notait le vieux perse: il s’appuya sur un groupe de signes récur­rents qu’il pensa étre une titula­ture royale. À partir de cette approche, l’Anglais Henry Rawlin­son en 1846 aboutit à une lecture totale des deux premières inscrip­tions tandis que le texte en akkadien fut essen­tiel­le­ment déchif­fré vers 1850 par l’Irlandais Hincks, Rawlin­son et le Français Jules Oppert.

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L’inscription des classiques Wei Santi shijing – Estam­page à l’encre sur papier. La gravure des plaques du Santi Shijing commença entre 240 et 248 apr. J.-C. Destiné à réper­to­rier trois styles princi­paux d’écriture en trans­cri­vant une série de textes classiques, l’ensemble des copies fut exposé à la vue des amateurs à l’Académie Impériale.

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L’écriture maya apparaît à partir de 300 avant J.-C. À en juger par les documents que nous possé­dons, l’écriture maya passe assez rapide­ment d’une forme logogra­phique, où chaque mot est repré­senté par un dessin, à une forme mixte, logogra­phique et phoné­tique de type sylla­bique : le mot peut aussi être divisé en unités plus petites, des syllabes, chacune repré­sen­tée par un signe.

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Stèle funéraire – Nîmes. Inscrip­tion funéraire dédiée par son époux à « Attiae Victo­ri­nae » désignée comme esclave affran­chie.

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Décret de Callias – Fin du 5e siècle apr. J.-C., Grèce, moulage (origi­nal en pierre).
Callias, homme politique athénien, soumet à l’ecclesia – ou assem­blée du peuple – un projet de loi qui ordonne la resti­tu­tion des emprunts faits par le Peuple au tréso­rier des sanctuaires. Ces emprunts devaient permettre de finan­cer les travaux d’embellissements de l’Acropole et des aména­ge­ments urbains. L’écriture du texte dans l’alphabet local athénien montre qu’il a été gravé avant la réforme d’Euclide de 403 avant J.-C. qui imposera ensuite l’alphabet ionien qu’on appelle grec classique.

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Livre manus­crit de grammaire arabe « Al Shāfiya » – Papier origi­nal, 15e siècle, Irak ou Iran.
Ouvrage fonda­men­tal écrit par un célèbre grammai­rien lbn al Hādjib au 12e siècle, ce livre fut recopié de nombreuses fois. Il est rédigé en écriture naskhi. Ses gloses sont parti­cu­liè­re­ment remar­quables par leur dispo­si­tion décora­tive dans les marges : elles commentent une partie du texte ou viennent éclai­rer tel ou tel mot.

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Pages de Coran en écriture magrehbi – Parche­min, encre, or et pigments, 12e-13e siècle, Andalou­sie.
La vocali­sa­tion est indiquée en rouge. Une ligne en koufique est tracée en or ainsi que des éléments décora­tifs dans la marge. « Dieu ne modifie rien en un peuple / si celui-ci ne change pas ce qui est en lui » (Sourate al Ra’ad XIII, verset 11).

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Stèle dédica­cée à Almaqah – 7e siècle av. J.-C., temple d’Awwãn, Marib, Yémen.
La stèle provient d’un temple d’Almaqah situé dans le royaume de Saba. Elle commé­more en langue sabéenne l’offrande d’une personne, ‘Ammi’ahar, à trois dieux du panthéon sabéen : ‘Ahtar, dieu vénéré dans toute l’Arabie du sud. Dhãt Himyam et Almaqah, dieu princi­pal du panthéon dont le symbole est gravé sous le texte.
Cette dédicace a été faite sous le règne du souve­rain Yada’ñil.
Ce monument est encadré de bouque­tins, motif carac­té­ris­tique des monuments de la civili­sa­tion sudara­bique.

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Hiéro­glyphes crétois, en usage jusqu’au 17e siècle av. J.-C. en Crète centrale, non déchif­frées.
Avant même l’apparition de l’écriture grecque telle que nous la connais­sons aujourd’hui, plusieurs écritures ont coexisté ou se sont succé­dées pendant près de deux millé­naires (fin 3e — fin 1er millé­naire av. J.-C.) dans les îles de la mer Égée et à Mycènes. L’origine de ces écritures de type sylla­bique et la langue notée par certaines d’entre elles posent encore des questions non éluci­dées aujourd’hui.

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Registre des consuls de Martel (Lot) – papier, 1247–1252, Martel.
Ce livre est l’un des quatre plus anciens documents écrits sur papier en France. Il est rédigé sur du papier fabri­qué en Andalou­sie puisque les premiers moulins à papier ne se sont instal­lés en France qu’à partir du milieu du 14e siècle.
Écrit en langue d’oc, c’est le brouillon des délibé­ra­tions et des comptes tenus par les consuls de Martel : enquête sur l’attribution d’un héritage, liste des habitants de la ville, procès avec la commune voisine de Creysse, etc. La reliure est d’époque médié­vale.

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Livre tibétain replié en accor­déon – 19e siècle.

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Double page de manus­crit – Parche­min, 13e ou 14e siècle.
La mise en page est très ordon­née :texte princi­pal au centre, gloses dans les marges et les inter­lignes. Les pieds de mouche (signe en forme de crochet arrondi qui sépare les paragraphes d’un texte) et initiales servant à articu­ler le texte sont prétextes à une décora­tion à l’encre rouge et bleue.

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Lactance, De divinis insti­tu­tio­ni­bus aduer­tus gentes (Les insti­tu­tions divines à l’égard des peuples) – Imprimé à Venise par Jean de Cologne et Jean Manthen, 1478.
Ce livre est novateur pour son époque :le texte est imprimé en carac­tères romains (ou humanis­tiques) et disposé sur une colonne par page. Le Français Nicolas Jenson est l’un des premiers à graver ces lettres inspi­rées de l’écriture caroline.
Envoyé à Mayence par le roi Charles VII pour connaître l’invention de Guten­berg, il va travailler pendant 3 ans avec les associés de Guten­berg, Fust et Schoef­fer. Il s’installe ensuite à Venise où il perfec­tionne ses carac­tères romains et où il fonde la première société commer­ciale d’imprimeurs libraires, société reprise à sa mort, vers 1480, par les impri­meurs de ce livre, Jean de Cologne et Jean Manthen. Lactance est un auteur latin du début du 4e siècle après J.-C. converti au chris­tia­nisme.

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Duns Scot, Liber Senten­tia­rum ( Sentences) – Imprimé à Venise par Jean de Cologne et Nicolas Jenson, 1481.
Ce livre s’inscrit dans la tradi­tion des manus­crits médié­vaux : il est imprimé en carac­tères gothiques sur deux colonnes et orné d’initiales et de pieds de mouche rouges et bleus. Déjà large­ment copié au Moyen-Age, le texte de Duns Scot reste une référence dans le domaine de la théolo­gie.

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Hartmann Schedel, Liber Choni­ca­rum (Chroniques) – Imprimé à Nurem­berg par Antoine Kober­ger, 1493
Ce feuillet provient du plus célèbre livre illus­tré imprimé au 15e siècle. Ses nombreuses gravures montrent des scènes bibliques, des généa­lo­gies de souve­rains et surtout des vues, réelles ou imagi­naires, des princi­pales villes du monde, comme ici Babylone. Cette vaste histoire du monde illus­trée consti­tuait, à la fin du Moyen-Âge, un véritable « best-seller ».

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Recueil de textes de Théocrite et Hésiode – Imprimé à Venise par Alde Manuce, 1496.
Pour cet ouvrage imprimé en grec, l’imprimeur a choisi une mise en page sobre et aérée où seuls quelques ornements rythment la lecture : un bandeau et une initiale, ornés de motifs végétaux, intro­duisent les chapitres.

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Barthé­lémy de Chasse­neux, Catalo­gus Gloriae Mundi (Catalogue des Gloires du Monde) – Imprimé à Lyon par Simon Vincent, 1529.
Rien d’étonnant dans l’aspect très médié­val de ce livre. Les impri­meurs lyonnais de cette époque restent fidèles à la mise en page tradi­tion­nelle et aux carac­tères gothiques. Mais ils tentent de rendre leurs livres plus attrac­tifs avec de nombreuses images, souvent en pleine page, gravées sur bois. Dans cet ouvrage du juriste Barthé­lémy de Chasse­neux, elles sont dessi­nées par Guillaume II Le Roy, peintre de la ville de Lyon. Elles sont dispo­sées au début des chapitres, mais aussi au cœur du texte. Cet ouvrage est une sorte de traité juridique et philo­so­phique de l’ordre du monde, hiérar­chi­sant les diffé­rentes classes de la société, de l’enfer au céleste.

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Cette presse à impri­mer fonctionne selon le même principe que les presses du 15e siècle :
L’imprimeur dispose plusieurs blocs de texte dans la forme, sorte de châssis. Cette forme est placée sur un plateau horizon­tal, le marbre, puis encrée à l’aide de balles en cuir. La feuille, humidi­fiée à l’avance, est placée sur la forme. L’ensemble est glissé sous un plateau (la platine) qui, une fois actionné par un barreau, descend verti­ca­le­ment sur le marbre et vient presser la feuille contre les carac­tères. Pour impri­mer correc­te­ment, l’imprimeur doit répéter l’opération pour chaque moitié de la feuille.

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N’oubliez pas en sortant du musée d’emprunter la ruelle sur la droite pour arriver sur la place des écritures où vous pourrez marcher sur une repro­duc­tion agran­die de la pierre de Rosette sculp­tée dans du granite noir du Zimbabwe par Joseph Kosuth en 1990, à l’occasion du bicen­te­naire de la naissance de Champol­lion.

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