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Parmi les supports de commu­ni­ca­tion employés par l’Homme – pour marquer, archi­ver ou trans­mettre – la pierre est peut-être un des plus anciens. L’imaginaire associé à la gravure lapidaire est ancré dans l’Antiquité romaine à laquelle notre culture française est sans doute un peu redevable. Les Romains n’ont certai­ne­ment pas eu le monopole de la gravure lapidaire, mais il est clair que leur héritage en la matière a laissé plus de traces dans notre façon d’écrire que les hiéro­glyphes égyptiens… Ainsi la tradi­tion de la gravure lapidaire – à laquelle les Romains ont donné une forme idéali­sée – a non seule­ment influencé en partie nos formes d’écritures occiden­tales mais a égale­ment connu une histoire et une évolu­tion propres. Ce savoir-faire millé­naire a vécu jusqu’à nos jours et vit encore par le travail et l’œuvre de quelques artisans, dont certains aiment trans­mettre leur passion pour la gravure dans toutes sortes de matières minérales. Franck Jalleau est de ceux-là.

Sous sa super­vi­sion, sept appren­tis – curieux amis des lettres – ont passé quatre jours à décou­vrir cet univers si parti­cu­lier, se frottant à la pierre et savou­rant la poussière produite au ciseau. Lors de ce séjour entre les murs du Pôle Rhizome, à Torcy, les parti­ci­pants ont pu gratter en surface quelques facettes de cet art, à travers des créations person­nelles condi­tion­nées par les néces­si­tés de l’apprentissage et cadrées par l’expérience et les conseils du maître.

Les travaux réali­sés se basent sur la capitale monumen­tale romaine puisqu’il s’agit d’une des formes de lettre qui se prête le mieux à la gravure lapidaire. Dans un premier temps, les disciples se sont effor­cés d’ébaucher un lettrage de leur choix. Le dessin s’est fait sur papier calque, en affinant progres­si­ve­ment la forme par des correc­tions portées à l’envers du calque puis repor­tée à l’endroit; l’opération est repro­duite autant de fois que néces­saire, jusqu’à satis­fac­tion. Une fois le dessin abouti, il est reporté sur la pierre à l’aide de papier carbone. Pour les besoins du stage, le dessin a été reporté sur les deux faces de la pierre à graver: un envers d’entraînement, un endroit défini­tif.

Au moment du premier coup de ciseau, La main se crispe, l’œil se fixe et on se concentre pour porter le coup vif mais mesuré qui viendra mordre la pierre calcaire. L’outil avance dans la masse et peine à aller droit. On se souvient alors, avec ironie, des mots enjoués du maître nous disant que « l’outil travaille tout seul », ce qui rappelle oppor­tu­né­ment que comme pour le reste, l’expérience fait toute la diffé­rence.

Après de nombreuses heures, quelques dérapages, des éclats et des cris, on obtient enfin quelque chose de concret. Des lettres creusées que la lumière anime. Lorsque les formes gravées semblent finies, à la suite de quelques retouches et finitions, la pierre est ‘brûlée’ à l’acide chlor­hy­drique pour lui donner sa teinte et sa dureté défini­tives.

On peut alors admirer et jauger son travail, se dépous­sié­rer et avoir une pensée respec­tueuse pour tous les graveurs qui ont marqué les murs et les monuments de nos villes depuis plusieurs siècles.

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