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Typewri­ter Art: A Modern Antho­logy consti­tue, comme son titre le laisse deviner, une collec­tion d’œuvres dacty­lo­gra­phiées. Publié en mai dernier par les éditions Laurence King, c’est un certain Barrie Tullett, maître de confé­rence à la Lincoln School of Art and Design, qui en est l’auteur. L’ouvrage retrace en 4 chapitres plus d’un siècle de produc­tion (remon­tant aussi loin que l’outil « machine à écrire » existe) et recons­truit ainsi l’histoire d’un art dont les pièces ont été éparpillées et méses­ti­mées.

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La machine à écrire, tout comme l’ordinateur après elle, a suscité des manipu­la­tions expéri­men­tales, plastiques et concep­tuelles abondantes — nombreux sont ceux qui se sont amusés à détour­ner ses règles de compo­si­tion contrai­gnantes. L’auteur fait entre autres référence au Bauhaus, et notam­ment aux expériences abstraites des étudiants de l’atelier textile, aux œuvres de certains tenants du mouve­ment De Stijl (et de la revue éponyme) tels que Stefi Kiesler ou encore à l’incroyable produc­tion du poète et typographe hollan­dais H. N. Werkmann (plus connu pour la création du magazine d’avant-garde The Next Call).

Dans un chapitre central intitulé “The Golden Age” [of typewri­ter art], Barrie Tullett revient sur l’entreprise disper­sée des poètes concrets qui, entre les années 1950 et 1970, se sont effor­cés de démon­trer les quali­tés poétiques du texte et de sa struc­ture indépen­dam­ment de son sens ; un chapitre qui aurait pu être à lui seul le sujet de ce livre. Car finale­ment, les meilleurs exemples de cette antho­lo­gie restent ceux histo­riques. Ceux liés à la décou­verte de l’outil, aux richesses que ce dernier propose, ceux en phase avec les inter­ro­ga­tions majeures du XXe siècle sur le langage de la typogra­phie.

Force est de consta­ter l’épuisement des exemples convo­qués à mesure que le livre nous rapproche des années 1990 et 2000. Dans un dernier chapitre consa­cré aux usages contem­po­rains de la machine à écrire, l’auteur tente de justi­fier les résur­gences nostal­giques à l’ère du fait-main de cet outil devenu « objet de collec­tion ». En outre, le déroulé est entre­coupé d’interviews ponctuelles assez instruc­tives qui rendent la lecture plaisante.

L’approche théma­tique de ce livre rejoint la politique de l’éditeur anglais dont le catalogue est connu pour faire figurer un grand nombre d’ouvrages généra­listes en matière de design et de publi­cité (TM: The Untold Stories Behind 29 Classic Logos, This is Adver­ti­sing, 100 Ideas that Changed Graphic Design par Steven Heller et Véronique Vienne ou encore Adver­ti­sing for People Who Don’t Like Adver­ti­sing de Kessels­Kra­mer).

Typewri­ter Art: A Modern Antho­logy est peut-être un « livre à offrir » — d’assez bonne facture par ailleurs — il n’en reste pas moins inédit. Son mérite tient à la synthèse qu’il propose, aux amateurs comme aux profes­sion­nels, d’une histoire de l’art de machine à écrire retrans­crite « noir sur blanc ».

Barrie Tullett
Typewri­ter Art:
A Modern Antho­logy

£19.95 | 176 pages | format 20,3 x 19 x 2 cm
ISBN 9781780673479 | Laurence King Publi­shing Ltd
Design graphique : John Dowling, Mucho
Typogra­phie : A2 Typewri­ter, A2-Type

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